Obama, ou l’art d’associer humour et politique

La semaine a été riche en actualité du côté de Washington DC. J’ai pris le temps de suivre les divers événements avec beaucoup d’intérêt, mais malheureusement pas le temps de les commenter. J’aimerais revenir tout d’abord sur cette performance politique pleine d’auto-dérision et de bon sens qu’Obama nous a offerte samedi 30 avril lors du Dîner des Journalistes organisé par la Maison-Blanche où tous les médias américains étaient conviés.

Dîner officiel, discours décalé

Samedi 30 avril au soir, l’hôtel Hilton de Washington DC accueillait tous les représentants des médias américains à l’occasion du Dîner annuel des Journalistes organisé par la Maison-Blanche. Un événement qui tombe à pic pour le Président des Etats-Unis, puisqu’il vient de publier son acte de naissance intégral, dans le but de faire taire les sceptiques, l’homme d’affaires Donald Trump le premier. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, il existe un groupe d’individus appelé les « Birthers » (du nom du mouvement) qui est persuadé qu’Obama n’est pas né aux Etats-Unis et de fait, que sa place de Président des Etats-Unis n’est pas légitime. Cette théorie a émergé à l’élection d’Obama en 2008 et ne s’est dissipée depuis. C’est pourquoi Obama a choisi de fournir à la presse américaine un acte de naissance complet, délivré par Hawaï. Mais revenons-en au dîner…

Un discours d’ouverture hilarant et percutant

C’est donc Obama lui-même qui a prononcé le discours d’ouverture du Dîner des Journalistes. D’une manière qui n’a laissé personne indifférent, à en croire les rires et applaudissements successifs dans la salle. Je laisse la vidéo à disposition des anglicistes, n’hésitez pas à prendre ces vingt minutes pour la visionner et vous divertir de ce show à l’américaine.

Pour les autres, je résumerai seulement par ces deux mots : auto-dérision et impact.
– auto-dérision : Obama a diffusé en amont de ce discours d’ouverture un montage sur la musique rock « I am a real American » (Je suis un vrai Américain), avec une collection de clichés de ce que peut représenter l’Amérique : le drapeau américain flottant au vent, un aigle, des images de grandes étendues, de cowboys, des rétrospectives d’exploits sportifs. Avec à chaque refrain, la copie de son acte de naissance bondissant à l’écran. Bref, une façon peu habituelle d’introduire un discours ! Ses premiers mots seront même : « Mes chers… compatriotes » (Nouveau clin d’oeil sympathique aux derniers sceptiques).

Ont suivi une série d’allusions comiques aux suspicions infondées sur les origines d’Obama, avec notamment la projection d’un extrait du Roi Lion de Disney (oui, ce n’est pas une blague) pour justifier sa naissance en août 1961. Rires dans la salle. Le Président s’adresse alors à la table des journalistes de Fox News, réputés pour être friands de scoops :

« Je veux juste préciser pour la table de Fox News que… ceci est une blague. Ce n’était pas la vidéo authentique de ma naissance, mais un dessin animé pour enfants. Vous pouvez appeler les studios Disney si vous ne me croyez pas, ils pourront sûrement vous montrer la version intégrale ! »

– impact : par ces notes d’humour mesurées au mot près, Barack Obama a permis de faire passer un message clair aux médias américains. Le temps passé à se poser des questions inutiles sur des sujets qui n’intéressent pas les Américains est du temps perdu, qui les éloignent des vraies questions.

Le Président a choisi de reprendre toutes les critiques qui lui sont faites, une à une (son arrogance, sa côte de popularité en baisse, son ton « professoral »), et de les détourner pour les rendre moindres face à son charisme et sa volonté d’action. Il a également saisi l’occasion de la présence du sulfureux Donald Trump, hommes d’affaires et star-télé, pour répondre à ses attaques (infondées) et remettre en cause, devant tous, sa légitimité à se présenter aux Présidentielles de 2012 (dans le camp républicain, of course).

Je vous invite à prendre un moment pour vous délecter de ce show politique à l’américaine et gardez en tête qu’il s’agit là d’un usage du second degré à son paroxysme.

Accédez au discours d’Obama pour l’ouverture du Dîner des Journalistes

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