McCain réagit au discours de Tucson (en français)

Cet article est la traduction française d’un texte écrit par le Sénateur d’Arizona, John McCain, qui réagit au discours de Barack Obama à Tucson. J’ai trouvé cet article intéressant de par sa nature-même. Alors que l’auteur est l’ancien rival d’Obama (John McCain a été le Candidat Républicain à la Présidentielle de 2008), il ne manque pas de souligner la gratitude qu’il éprouve envers le Président pour avoir prononcé un discours d’une telle force, appelant ainsi au calme et à la paix dans la sphère politique.

Après la fusillade, Obama rappelle à la nation la règle d’or.

« After the shootings, Obama reminds the nation of the golden rule »
Par John McCain
Dimanche 16 janvier 2011

Le Président Obama a prononcé un discours admirable mercredi soir. Il a de manière émouvante pleuré et honoré les victimes de l’horreur insensée qui s’est produite samedi en dehors de Tucson. Il a encouragé ceux qui parmi nous ont le privilège de servir les Etats-Unis. Il a incité chaque Américain qui participe aux débats politiques, qu’il soit de gauche, de droite ou dans les médias, à aspirer à une appréciation plus généreuse de l’autre et plus modeste de lui-même.

Le Président a présenté de manière appropriée l’hypothèse préjudiciable selon laquelle certains acteurs des débats politiques étaient responsables du manque d’humanité d’un homme dépravé. Il nous a demandé lors de ces débats de nous conduire de façon à ne pas heurter le patriotisme optimiste d’un enfant innocent. J’approuve de tout coeur ces sentiments. Nous devrions respecter la sincérité des convictions qui animent nos débats, mais aussi la cause commune que nous servons et qu’ont servie les générations précédentes: un pays meilleur, plus fort, plus prospère et plus juste que celui dont nous avons hérité.

Nous, Américains, avons des opinions différentes concernant la meilleure façon de servir cette noble cause. Nous n’avons pas besoin de faire semblant ou d’être timide dans notre plaidoyer concernant les moyens pour accomplir notre but. Mais nous devrions être attentifs lorsque nous argumentons sur nos différences, qui nous unissent tellement plus qu’elles ne nous opposent. Nous devrions également noter que nos différences, si on les compare à d’autres pays, si ce n’est la majorité d’entre eux, sont plus petites que nous le pensons.

Je suis en désaccord avec beaucoup de politiques menées par le Président, mais je crois qu’il est un patriote sincèrement dévoué, consacrant son temps à la Maison-Blanche pour faire avancer la cause de notre pays. Je rejette les accusations qui visent à dire que ses réformes et ses croyances le rendent incompétent pour mener les Etats-Unis ou bien qu’elles sont opposées aux idéaux fondamentaux. Tout comme je rejette les accusations disant que les Américains qui sont vigoureusement opposés à ses réformes sont moins intelligents, moins compatissants ou moins justes que ceux qui les soutiennent.

Notre discours politique devrait être plus civilisé qu’il ne l’est aujourd’hui, et nous tous, moi inclus, sommes coupables de cette situation. Cela demande beaucoup trop à la nature humaine que de s’attendre à ce que chacun de nous s’efforce en permanence à être empreint de modestie et d’empathie pour ne pas commettre d’excès rhétoriques qui amplifient nos différences et ignorent nos points communs. Mais je ne pense pas qu’il soit hors de notre capacité et de notre honnêteté que de pouvoir remplacer la diffamation par un débat passionné et respectueux.

La vie publique a beaucoup plus de privilèges que de privations. Le premier d’entre eux est la satisfaction donnée à nos vies lorsqu’on contribue aux progrès d’une nation qui a été conçue pour défendre les droits et la dignité des êtres humains. Cela peut parfois s’avérer une tâche épuisante, mais à la fin les récompenses sont plus grandes que les souffrances endurées pour atteindre le but.

Cela ne veut pas dire, cependant, qu’il est toujours facile de se débarrasser de ces souffrances et de les supporter en toute sérénité. Les dirigeants politiques ne sont pas et ne peuvent pas raisonnablement s’attendre à être indifférents à la plus cruelle des calomnies formulée à leur encontre. Imaginez ce que ce doit être d’avoir été témoin la semaine dernière d’un massacre incompréhensible d’innocents, commis par quelqu’un qui a perdu une part essentielle d’humanité; d’avoir honoré dans la peine les victimes et dans l’admiration ceux qui ont agi de manière héroïque pour sauver la vie des autres; et d’avoir entendu aux informations des gens vous accusant de complicité dans cette tragédie.

Cela ne demande pas trop à la nature humaine que d’avoir de l’empathie pour comprendre combien une blessure comme celle-ci est injuste, ou pour apprécier le besoin si fort que quelqu’un aurait à se défendre contre une telle insulte. Même si cela apparaît dans le contexte d’un effet politique recherché, et non pas comme un cri du coeur appelant à la dignité que Dieu et nos principes fondateurs nous enjoignent à respecter l’un envers l’autre, cela n’est pas digne de nous, et de notre interprétation de ce que sont les Etats-Unis.

Il y a de trop nombreuses occasions où nous manquons d’empathie et de respect mutuel dans chaque camp politique et dans les médias. Mais il ne nous est pas impossible de faire mieux, de nous comporter plus humblement avec courtoisie et respect envers l’autre, de progresser vers un idéal qui invite toute l’humanité: traiter l’autre comme nous aimerions être traité.

Nous sommes des Américains et des êtres humains, et cette distinction commune est tellement plus importante que les conflits qui nourrissent notre bruyante et confuse culture politique. C’est ce que j’ai entendu dire par le Président mercredi soir. Je tiens à le féliciter et à le remercier pour cela.

Source :

Washingtonpost
Traduit par Cynthia Moos.
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Une réponse à McCain réagit au discours de Tucson (en français)

  1. françois dit :

    Merci pour la traduction, c’est tout de même plus confortable en Français.
    J’en ai profité pour faire un tour du site, je le trouve convivial.
    Bonne continuation.
    François